Vous souhaitez céder votre entreprise, en acquérir une, ou simplement connaître la valeur de votre société ?L’évaluation d’entreprise est une étape incontournable, mais souvent mal comprise. Il existe en effet plusieurs méthodes, chacune reposant sur une logique différente, et il est rare qu’elles convergent vers un chiffre unique. Ce que l’on obtient, c’est une fourchette de valeurs, dont les bornes dépendent des hypothèses retenues et de la méthode utilisée. Dans tous les cas, il faut garder à l’esprit que la valeur n’est pas le prix : ce dernier résulte toujours d’une négociation entre acheteur et vendeur, influencée par leurs contraintes, leurs motivations et leur rapport de force. D’où l’intérêt, notamment pour l’acquéreur, de disposer d’un audit financier d’acquisition préalable : mieux armé pour comprendre la réalité économique de la cible, il aborde la négociation en position de force et limite le risque de mauvaises surprises post-acquisition.

La méthode patrimoniale (ou de l’actif net)

La méthode de l’Actif Net (Corrigé) est une approche patrimoniale qui consiste à évaluer une entreprise sur la base de la valeur réelle de ses actifs, après déduction de ses passifs.

Méthodologie

Elle consiste à partir du bilan comptable de l’entreprise et à réévaluer chaque poste de l’actif et du passif à sa valeur de marché ou de remplacement, plutôt qu’à sa valeur historique.

On corrige ainsi les stocks surévalués, les immobilisations amorties mais encore utiles, les plus-values latentes sur l’immobilier, ou encore les provisions sous-évaluées. Le résultat est un actif net « économique », plus proche de la réalité que les capitaux propres comptables.

Actif Net Corrigé = Actifs réévalués – Passifs réévalués

Limites

Cette méthode est particulièrement adaptée aux sociétés foncières ou aux entreprises en liquidation
Toutefois, elle présente plusieurs limites importantes:

  • Elle ne tient pas compte de certains actifs non enregistrés dans les comptes et difficilement quantifiable (relations clients, brevets, savoir faire des employés, marques…);
  • Elle ne tient pas compte de la rentabilité future.

La méthode des flux de trésorerie (DCF)

La méthode des flux de trésorerie est l’approche intrinsèque par excellence. Elle valorise l’entreprise en actualisant l’ensemble des flux de trésorerie disponibles de la société qu’elle est susceptible de générer dans le futur.

Concrètement, on projette les flux de trésorerie disponibles de l’entreprise sur un horizon de 5 à 10 ans, puis on calcule une valeur terminale représentant tout ce qui se crée au-delà. L’ensemble est actualisé au coût moyen pondéré du capital (CMPC ou WACC).

Limites:

  • Nécessite un plan d’affaires crédible et détaillé — sans projection fiable, l’exercice devient hautement subjectif
  • Très sensible aux hypothèses retenues, notamment le taux d’actualisation et le taux de croissance à l’infini

La méthode des multiples (boursiers et transactionnels)

Les méthodes de multiples valorisent une entreprise par comparaison avec des sociétés similaires (comparables). Elles reposent sur l’hypothèse que des entreprises présentant des profils économiques proches doivent se valoriser de manière similaire.

On distingue deux grandes familles selon la source des comparables:

Multiples transactionnels

On s’appuie sur les multiples implicites des transactions récentes (acquisitions, cessions) dans le secteur. Ces données reflètent des prix réellement payés, souvent avec une prime de contrôle, et sont donc généralement plus élevés que les multiples boursiers.

Multiples boursiers

On observe les multiples de valorisation des sociétés cotées du même secteur (par exemple, leur valeur d’entreprise rapportée à leur EBITDA ou à leur chiffre d’affaires). Ces données sont publiques et disponibles en temps réel, mais les sociétés cotées bénéficient d’une prime de liquidité qui peut biaiser la comparaison avec une PME non cotée.

Un point crucial est le choix de l’agrégat de référence. Selon que l’on retient le chiffre d’affaires, l’EBITDA, l’EBIT ou le résultat net, la valeur obtenue peut varier considérablement. L’EBITDA est l’agrégat le plus couramment utilisé car il est neutre vis-à-vis de la structure financière et des politiques d’amortissement. Mais pour certains secteurs, d’autres indicateurs sont plus pertinents : le nombre d’abonnés pour une plateforme, la surface pour une foncière, ou le chiffre d’affaires pour une startup en forte croissance non encore rentable.

En conclusion

Aucune méthode n’est universelle. Dans la pratique, les professionnels de l’évaluation utilisent plusieurs approches simultanément et confrontent les résultats pour construire une fourchette de valeur cohérente. La méthode patrimoniale fixe souvent un plancher, le DCF capte le potentiel, et les comparables ancrent la valorisation dans la réalité du marché. C’est de la synthèse de ces approches, et de la négociation qui s’ensuit, que naît le prix.